Il m'avait fallu y réfléchir tout le lundi après-midi pour finalement aller retirer mes billets peu avant la fermeture de l'agence.
Et puis le mardi matin, Jean-Michel était parti travailler, me disant au revoir presque comme un jour normal. Et n'en était-ce pas un ?
Arrivé avec plus de 40 minutes de retard, tandis que papis et mamies s'inquiétaient déjà de l'ultra gauche de Tarnac
, je repensais à ce fabuleux slogan de la SNCF d'il y a ... plus de 20 ans environ, "c'est pas du vol". Parce qu'en effet, si la SNCF dirigeait une flotte aérienne, entre pannes et autres avaries, ça risquerait de ne pas être triste. Ou de l'être.
Je sors donc de la gare autour (n'est-ce pas Calystee
) de 14h15 sous un ciel bleu uniforme, un soleil qui mordait avec la sensualité que je cherchais. Le premier hôtel que je vois en face fera mon affaire, troisième étage, vue sur la gare, on peut faire mieux mais je m'en fous. L'endroit est propre, spacieux et silencieux, je n'en demande pas davantage. Je pose mon jean, enfile un short et je sors. J'ai faim !
En cinq minutes, je suis au centre ville, en moins de dix sur le remblai debout regardant l'océan qui m'attendait.
Et puis c'est sur le port de pêche que j'ai décidé de manger. Enfin, ça n'était pas vraiment un choix, le temps de trouver un distributeur (alors que j'étais passé devant deux ou trois sans m'en apercevoir) et de poursuivre ma route jusqu'à une terrasse qui me tente. Galette jambon fromage, bolée de cidre et crêpe au chocolat. Désolée, je n'aime pas les moules. Ni les fruits de mer en général.
Et puis me voilà, comme si je ne m'y étais pas attendu, face à du temps en solitaire qu'il me faudrait remplir. Qui ressemblait tellement à du vide.
Alors j'ai commencé par marcher. Je suis retourné vers le remblai, aimant consacré de toute station balnéaire qui en possède un. Et j'ai longé la mer en regardant les parasols semés sur la plage, les silhouettes qui se baignaient, et au loin les bateaux. Un vrai Michel Jonasz !
Ça peut ne pas en avoir l'air comme ça, quand d'une extrémité on regarde l'autre, mais c'est qu'il est long le remblai. Très long. Et moi, heureux qui comme Ulysse, je l'ai remonté tel un bleu bite, un peu comme un touriste parisien. C'est à dire sans protection solaire. Evidemment puisque je ne venais que décompresser deux ou trois jours. Evidemment, fallait voir ma tronche à l'arrivée ! Depuis ça a viré au brun, donc ça va. Pourvu qu'on n'y touche pas, c'est rêche comme un Scotch Brite.
Mais au moins, j'avais rempli mon après-midi, ce qui correspondait à mon essentiel.
Retour à l'hôtel vers 19h00, sieste jusqu'à 22h00 avant une dernière virée au bord de l'eau.
Le lendemain matin, j'étais débout à 7h15. Un quart d'heure pus tard, je partais en quête d'un petit déjeuner tourné vers l'océan. Oui mais voilà. Sur le remblai, à cette heure-ci et en dépit qu'on n'y fasse pas la fête bien tard le soir, tout est fermé. Avec mon appétit, j'avais l'air d'un con.
Ainsi, avec mon ventre vide, ce que personne n'aurait cru, nous sommes entrés dans la première boulangerie trouvée avant de retourner à la terrasse du bar de l'hôtel pour y avaler un grand café noir.
Une douche plus tard, me voilà de retour sur la jetée qui longe le chenal. Bien décidé à photographier tout ce qui bouge, et à cette heure surtout ce qui ne bouge pas, je marche, je marche, je marche... Mais qu'est-ce que je fous là-bas ?
Tu es censé te reposer et voilà de nouveau que tu marches en plein cagnard, sous la chaleur, et en plus tu photographies n'importe quoi !
Mais qui me parle sinon moi ? Aurais-je un Jiminy Criquet moi aussi ?
Ouais, j'étais censé.
Alors, je suis aller prendre un autre grand café avant d'entrer par hasard dans les halles pour y découvrir un lieu que j'ai beaucoup aimé, qui respirait la vie à plein nez et où je suis resté un bon moment.
Un petit tour obligé par l'église, Notre Dame du Bon Secours, de mémoire, je crois, photos ratées des vitraux quand voilà de nouveau mon grillon de bande dessinée qui me rejoue sa sérénade en morale majeure.
Il est midi ou quelque chose comme ça.
Je file au marché, je m'y achète un short. Je me promène dans des quartiers davantage résidentiels, je suis un bon touriste en somme. Dans la matinée, j'avais acheté un cadeau à Jean-Michel, envoyé la carte postale. Et si j'allais faire une sieste ?
Sitôt dit, sitôt fait.
On est censé apercevoir des mouettes sur l'îlot caillouteux. Je le précise car la réduction de l'image ne permet de se rendre au premier coup d'œil de l'évidence.
Putain de sandwich avalé vers 16h00, frites et steaks hachés fourrés dans l'équivalent d'un pain. Je n'en suis même pas arrivé au bout, et pour ceux qui me connaissent, ça veut dire beaucoup. Même si je ne joue pas de piano debout.
Mais pourquoi je raconte tout ça ?
Bière, Coca, Bière, et après je m'étonne de grossir ?, promenade le long de l'océan avec une bouteille d'un litre et demi de flotte quand même, dont je suis cette fois parvenu au bout.
Enfin, je commençais à me sentir bien dans mes sabots Crocs, à apprécier le moment présent pour ce qu'il était, la tête commençait à se vider, ce qui d'après certains ne devrait pourtant pas prendre autant de temps, à me détendre. J'étais fatigué, j'avais chaud et mal aux jambes, simplement je ne me rendais pas encore compte que j'évacuais tant de stress qu'en fait je me reposais bel et bien.
Il en a mis du temps à comprendre !
Ta gueule l'insecte au parapluie, en plus tu es ridicule avec ce soleil.
Le troisième et dernier jour, je suis allé voir le phare emprisonné, après qu'un serveur de grand café m'ait expliqué qu'il y avait un bateau bus qui assurait la traversée du chenal.
Ce jour-là, j'étais enfin bien, prêt à tenter toutes les aventures s'il n'avait pas fallu penser à rentrer à Paris.
La Chaume, tel est le nom du village qui se trouve de l'autre côté. Deux ou trois sites touristiques à mon avis sans grand intérêt que celui de la vue sur l'océan par une côte plus sauvage, et le bar du Port.
Le bar du Port. J'avais faim et il me séduisit par sa terrasse en espaliers, ses parasols et ses jardinières toutes fleuries. Un bar à tapas, le top ! Je m'installe, je commande une bière, une Mélusine, bière artisanale vendéenne, une merveille. Je me laisse tenter, sollicité par un accueil digne de ce nom par une tranche de thon basquaise et son riz bio, un régal. Un café gourmand aura eu raison de ma sagesse en fin de repas, sur cette très agréable et savoureuse terrasse où je suis resté près de deux heures. Quand même !
Sauf que ces moments-là, ça se partage et Jean-Michel manquait tant au paysage qu'à l'accompagnement.
Et puis, j'ai repris mon bateau bus, pour 90 centimes, pour regagner l'autre rive.
Et j'ai fait les soldes ! Ben quoi ?
Pris un dernier Coca en terrasse à l'ombre, fouillé des quartiers excentrés en quête de plaques de rues animalières (deux de plus en poche) avant de reprendre le train. J'ai devancé l'horaire de 40 minutes, le retard de l'aller me faisant craindre de rater mon TGV à Nantes ce que je n'imaginais même pas.
Et puis, ce fut le retour à Paris, à l'appartement. Retrouver mon Doudou était devenu un seul but.
Aujourd'hui, je sais que ce séjour a été bénéfique. Très. Il m'a juste fallu du temps pour m'en rendre compte et pour l'accepter.
Normalement, je devrais reprendre le boulot demain sur de bonnes bases.
Et juste dans le cas où y en aurait qui voudrait mieux voir les mouettes sur le caillou, ça se passe par là
.
Vraiment, pourquoi je raconte tout ça ?
Olivier
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